Une décision historique, qui marque un changement de cap clair dans la politique urbaine contre la crise climatique : le conseil municipal d'Amsterdam a décidé d'interdire la publicité dans les espaces publics pour la viande et les produits liés aux énergies fossiles. Cette interdiction entrera en vigueur le 1er mai 2026.
La mesure s'applique aux panneaux d'affichage, aux abribus, aux écrans numériques et à tous les espaces publics sous la responsabilité de la municipalité. Les magasins et les propriétés privées restent exemptés.
Le vote sur la proposition, présentée par le Parti pour les animaux et GroenLinks (GroenLinks/PvdA), a été adopté à une nette majorité : 27 conseillers sur 45 ont voté en faveur de la mesure. Cette proposition s'inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre en intervenant non seulement sur le système énergétique, mais aussi sur le système alimentaire.
Un signal fort pour le monde entier
Le message politique est fort : nous ne pouvons pas continuer à parler d'urgence climatique tout en promouvant dans l'espace public des produits qui en sont l'une des principales causes.
Selon Melanie van der Horst, échevine de l'espace public et conseillère municipale du parti centriste D66, la publicité pour la viande ne représente actuellement que 0,1 % de la publicité extérieure, celle liée aux combustibles fossiles 4,3 %. Il s'agit donc d'un faible pourcentage, mais dont la portée symbolique est énorme. Et d'ajouter qu'il pourrait y avoir des conséquences juridiques : les sociétés de publicité peuvent avoir des contrats à long terme.
En fait, le terrain juridique a déjà été partiellement exploré : en 2025, un tribunal de La Haye a confirmé la légalité d'une mesure similaire à la suite d'appels interjetés par certaines entreprises touristiques. Pourtant, au niveau national, le gouvernement néerlandais ne semble pas vouloir s'engager dans cette voie : la ministre du climat, Sophie Hermans, a déclaré qu'elle n'était pas favorable à une telle politique généralisée.
Amsterdam n'est cependant pas seule à suivre cette démarche. D'autres villes néerlandaises amorcent la tendance : Haarlem (en 2024), La Haye, Utrecht (en 2023), Delft et Nimègue ont déjà adopté des ordonnances similaires. Haarlem a même été la première ville au monde à interdire la publicité pour la viande en 2022. Amsterdam est la troisième ville néerlandaise à introduire l'interdiction, mais la première capitale au monde à le faire.
ProVeg International soutient la mesure
"Une grande partie des émissions liées au système alimentaire provient de la production de viande. Il est donc logique qu'Amsterdam en restreigne la publicité dans le cadre de la stratégie visant à modifier le modèle alimentaire", a déclaré Joey Cramer, directeur de ProVeg Netherlands.
Un choix conforme à un objectif précédemment fixé par la ville : d'ici à 2050, Amsterdam souhaite passer à un régime alimentaire composé à 50 % de produits d'origine végétale. Or, la situation aux Pays-Bas est inverse : environ 60 % des protéines consommées sont d'origine animale.
Les critiques
Les associations de publicité et certaines organisations commerciales évoquent une restriction de la liberté commerciale. Elles craignent l'impact sur les entreprises qui promeuvent des produits "à faibles émissions". Des questions pratiques restent également en suspens : comment les produits hybrides seront-ils classés ? Et les "produits de transition" ? Où se situe la limite entre ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas ?
Des questions qui, en tout état de cause, n'enlèvent rien au fait politique : Amsterdam dépasse la politique classique des subventions et des incitations financières et opte pour une réglementation directe des communications commerciales. Accorder moins de place à la viande et aux énergies fossiles, c'est cesser de les considérer comme des produits "neutres". Une position culturelle donc, davantage encore qu'écologique.
(RS/©GreenMe.it/Traduction et adaptation : The Global Money/Illustration : Unsplash)
