Preloader

Pourquoi Milan attire-t-elle les personnes les plus riches?

  • 21 janv. 2026 22:00

Un chiffre qui donne à réfléchir : dans le cœur économique de l’Italie, un habitant sur douze possède un patrimoine supérieur à un million d’euros. C’est ce que révèle la dernière analyse de Henley & Partners, citée par le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, qui présente la capitale lombarde comme la destination préférée de l’élite financière internationale.

Le cocktail parfait qui séduit les super-riches

Qu'est-ce qui a fait de Milan un pôle d'attraction pour les grandes fortunes ? Une combinaison de plusieurs facteurs. Le Brexit a laissé un vide dans le paysage européen que la ville a su habilement combler. Son rôle de centre financier italien s'est consolidé. Mais le véritable atout réside dans le régime fiscal applicable aux grandes fortunes : une exception unique en Europe.

L’exode des millionnaires de Londres en dit plus long sur cette transformation que mille statistiques. Dans la capitale britannique, on ne compte désormais plus qu’un millionnaire pour 41 habitants. Le démantèlement progressif du statut de «non-dom» a mis fin aux privilèges fiscaux qui rendaient la City irrésistible depuis des années. Ceux qui ne payaient autrefois des impôts que sur leurs revenus britanniques recherchent désormais des lieux plus favorables.

Le flux invisible des capitaux

Rien qu’en 2025, 3 600 particuliers fortunés sont arrivés en Italie, presque tous à Milan. Ils ont apporté plus de 20 milliards de dollars de liquidités, sans compter l’immobilier. Outre Dubaï et Miami, Milan apparaît dans le rapport Henley & Partners comme l’une des rares villes au monde où l’on prévoit une « croissance accélérée » des nouveaux afflux provenant de la haute finance.

Le système italien repose sur deux piliers : un impôt forfaitaire annuel de 200 000 euros (jusqu’à l’année dernière) pour ceux qui transfèrent leur patrimoine en Italie et l’investissent dans l’immobilier ou la finance, et un droit de succession de 4 %, sur le modèle suisse.

Des chiffres vertigineux

En observant le sommet de la pyramide, l’ampleur réelle du phénomène apparaît clairement. Milan compte 182 centimillionnaires, c’est-à-dire des personnes dont la fortune dépasse les cent millions de dollars : autant qu’à Los Angeles ou à Paris, mais avec une population nettement moins nombreuse.

Le mécanisme fonctionne ainsi : que vous gagniez 500 000 ou 50 millions d’euros par an hors d’Italie, le fisc se contentera de cette somme forfaitaire. Ce dispositif est valable jusqu’à 15 ans et peut être étendu aux membres de la famille à un taux réduit. Le résultat ? Un véritable pôle d’attraction pour les entrepreneurs du secteur des technologies, les anciens cadres supérieurs, les sportifs professionnels et les  "chercheurs d’or" à la retraite.

Pourquoi Milan devance les autres villes italiennes

Parmi toutes les destinations possibles en Italie, la capitale de la Lombardie offre l’équilibre idéal entre avantages fiscaux et opportunités professionnelles. La ville bénéficie d’excellentes liaisons, est proche des capitales européennes et peut compter sur de nombreux événements et cercles internationaux. Rome enchante par sa beauté et son histoire, mais Milan est considérée comme le choix rationnel et stratégique pour ceux qui souhaitent profiter de l’impôt forfaitaire tout en restant au cœur de l’économie.

De plus, son statut de "nouveau résident" est compatible avec la gestion d’entreprises, la gestion de patrimoine et la création de holdings italiennes. Pour beaucoup, c’est l’équation parfaite : vivre en Europe, profiter du soleil et du design italien, tout en payant moins d’impôts qu’à Londres ou à Paris.

Les quartiers des nouveaux super-riches

Où s’installent ces nouveaux riches ? Dans les quartiers les plus huppés : Brera, CityLife, Porta Nuova, San Babila, le Quadrilatero della Moda. C’est là que le marché du luxe connaît une véritable explosion. Des penthouses avec vue sur la cathédrale, des résidences conçues par des architectes de renom, des appartements futuristes dans des gratte-ciel dotés d'un spa, d'une salle de sport et d'un service de conciergerie 24 h/24.

Une demande exceptionnelle a propulsé les prix à des niveaux records. Les transactions s’effectuent souvent sans prêt immobilier, entièrement en espèces. Qui achète ? Des expatriés fortunés, des investisseurs, des entrepreneurs du numérique, des personnalités du monde des affaires et du sport.

Un art de vivre séduisant

À cela s’ajoute un mode de vie cosmopolite : des restaurants étoilés au guide Michelin, des événements internationaux comme le Salone del Mobile et la Fashion Week, des liaisons rapides vers toute l’Europe, ainsi qu’une scène culturelle extrêmement dynamique.

Milan offre un mode de vie à la fois élégant et efficace, où le charme italien se mêle à une mentalité favorable aux affaires. Beaucoup considèrent la ville comme un lieu  "branché" où s’installer, en alternative à Londres, Dubaï ou Paris : moins de monde, un niveau de vie élevé, moins de tracas fiscaux et une meilleure qualité de vie urbaine. Pour les nouveaux riches du monde entier, Milan est un mélange irrésistible.

Comment découvrir la véritable âme de Milan

Mais comment pénétrer véritablement l’esprit milanais ? Contrairement à Rome et Venise, qui dévoilent leurs trésors d’emblée, Milan exige de la patience. Commencez par la cathédrale, cette montagne de marbre ornée de 3 400 statues et de 135 tourelles, que Oscar Wilde avait autrefois qualifiée de "monstre hors de propos". Pourtant, aussi théâtrale soit-elle, la cathédrale n’est pas la véritable âme de la ville. Milan est discrète, et c’est la subtilité qui révèle ce qui se passe derrière les portes closes.

La Villa Necchi Campiglio mérite le détour : cet hôtel particulier moderniste des années 1930 a servi de décor au film « I Am Love ». Dans ses pièces austères, on ressent l’agitation milanaise, cette obsession de l’innovation qui va de pair avec la vénération des sites historiques.

Le Bar Basso, situé Via Plinio, en est un exemple : inchangé depuis 1947, on y sert le negroni dans d’énormes verres (à moins que vous ne demandiez un verre « fragola », comme les Milanais). Ici, vous verrez des serveurs en nœud papillon, des personnes âgées jouant aux cartes sous d’imposants lustres et une atmosphère générale d’une autre époque.

Pour quelque chose de plus moderne, il y a le quartier situé entre la Via Melzo et la Via Lambro, près de Porta Venezia. L’Ultramarino pour les vins naturels, l’Osteria alla Concorrenza pour ses crostoni au steak, au taleggio ou – pour les plus audacieux – au tartare de cheval et au hareng. De l’autre côté de la rue, le Bar Picchio, avec son intérieur au style kitsch des années 1980, se remplit vers sept heures pour le spritz.

Le rituel de l’apéritif

Les Milanais ne vivent que pour prendre l’apéritif après le travail ; pendant la journée, la ville peut paraître grise, pleine de gens se rendant au bureau ou à la banque. C’est la métropole de l’industrie, où l’on va pour gagner de l’argent. Le Londres italien, des réunions et du métro. Mais une fois le travail terminé, les Milanais savent célébrer la vie : d’excellents restaurants, des bars à vin sophistiqués, des programmes culturels de haut niveau.

Un spectacle à la Scala est incontournable, ce temple où se sont produits Maria Callas et Toscanini. Grâce au système de retour des billets, il reste souvent des places, même à la dernière minute. Une place debout au balcon supérieur pour « Così fan tutte » de Mozart ne coûte que 30 euros. Il faut se pencher un peu pour voir quelque chose et les sièges en velours sont étroits, mais l’acoustique est parfaite et l’intérieur doré de ce théâtre du XVIIIe siècle vaut largement l’effort.

Autre étape incontournable : l’église San Maurizio al Monastero Maggiore, sur le Corso Magenta. Discrete de l’extérieur, elle recèle à l’intérieur une explosion de couleurs de la Renaissance. On la surnomme la Chapelle Sixtine de Milan. Juste au moment où l’on croit avoir tout vu, on découvre une partie cachée encore plus spectaculaire.

Partager: