L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle fait s'envoler la valeur des composants informatiques. À l'échelle mondiale, et plus particulièrement en Europe et aux États-Unis où les investissements se chiffrent en dizaines de milliards d’euros, les data centers sont devenus les nouvelles mines d'or des réseaux criminels.
Et pour contourner la sécurité de ces gigantesques infrastructures numériques, les voleurs visent désormais en priorité les maillons faibles de la chaîne logistique : les livraisons.
Ce phénomène de vol de fret, particulièrement massif aux États-Unis, se traduit par des attaques spectaculaires. Préjudice ? Comme le renseigne le Département de la Sécurité intérieure, il atteint 35 milliards de dollars par an Outre-Atlantique, contre 8,2 milliards d'euros en Europe, selon les informations de l'association TAPA. Récemment, les vols de semi-remorques transportant du cuivre et du matériel informatique destinés à ces centres de données se sont multipliés, avec des butins oscillant entre 1 et 5 millions de dollars par opération.
L'intelligence artificielle au service des braqueurs
Pour réussir leurs coups, les criminels s'emparent ironiquement des technologies qu'ils s'apprêtent à dérober. L'IA générative leur permet ainsi d'organiser des cyberattaques sophistiquées afin d'infiltrer plus facilement les bases de données des transporteurs.
"Avant, ils se contentaient de briser un cadenas, de s'introduire dans un camion et de repartir avec le butin", indique Emily Williams, vice-présidente de l'entreprise de fret Geotab. "Aujourd'hui, les malfaiteurs utilisent l'IA générative pour automatiser l'envoi de mails de hameçonnage afin d'avoir accès aux données des compagnies de transport et à l'identité des salariés. Une fois dans le système, ils savent quand et où sont envoyées les meilleures cargaisons. Ils se font ensuite passer pour les vrais livreurs sous fausse identité, ou empochent les contrats en offrant un prix plus bas que la concurrence."
Cette professionnalisation modifie radicalement le visage de la criminalité routière. Selon CargoNet, le revenu de ces vols a bondi de 60 % en 2025 en Amérique du Nord. Un phénomène qui s'explique non pas parce qu'il y a plus d'attaques, mais parce que la valeur moyenne du butin a grimpé de 36 %.
"Les bandits sont bons en marketing", affirme Keith Lewis, directeur des opérations de Verisk CargoNet (expert en évaluation des risques). Il fait état d'une opération criminelle "tellement plus stratégique de nos jours", qui se concentre davantage sur "ce qui a de la valeur et ce qu'ils savent vendre". "L'émergence des data centers n'y est pas pour rien, puisque beaucoup de composants qui leur servent se font voler : les racks de serveur, la mémoire vive, le cuivre…" , précise-t-il.
Quelle riposte ?
Pour lutter contre cette forme de criminalité moderne, la sécurité doit suivre le mouvement et intégrer des caméras embarquées, des capteurs et des logiciels de suivi en temps réel. La priorité est d'unifier les outils et équipements de protection pour supprimer les failles techniques.
"Le problème actuel, c'est la fragmentation", explique Emily Williams. "Quand on gère une flotte de véhicules, leurs remorques et leur sécurité avec plusieurs systèmes séparés, on crée des angles morts que les voleurs savent exploiter."
