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Quand la cybercriminalité prorusse se déguise en jeu vidéo lucratif

  • 22 juil. 2026 14:23

Les cyberattaques contre les institutions européennes, qui se sont multipliées ces derniers temps, prennent une tournure pour le moins inédite. Pour déstabiliser le continent, le groupe de hackers prorusses NoName057(16) a mis au point une stratégie particulièrement redoutable : transformer le piratage informatique en un jeu en ligne rémunéré.

Le mécanisme derrière la stratégie ? "Jouer" pour paralyser. Le concept s'appuie sur un programme baptisé DDoSia, que les utilisateurs installent en toute liberté sur leur ordinateur.

Le but de l'opération ? Inonder de requêtes les serveurs de ministères, de banques ou encore d'institutions publiques européennes pour les rendre inaccessibles. C'est ce qu'on appelle dans le jargon les "attaques par déni de service ou DDoS". En échange, les participants accumulent des "decoins" (une monnaie virtuelle interne), ensuite convertibles en cryptomonnaie TON, puis en euros.

Et pour attirer les foules, il faut dire que la communication des pirates de l'informatique est ultra bien rodée. Sur Telegram en effet, l'opération est présentée comme un jeu de hacker divertissant mais aussi comme un acte de soutien patriotique à la Russie.

Attaques massives et décentralisées

Selon les investigations conjointes du média indépendant Vot Tak et de l'organisme de recherche RKS (relayées par The Insider), l'activité de NoName057(16) est colossale : le groupe prorusse lancerait entre 6 300 et 7 700 ordres d'attaque par mois depuis 2023. Environ 300 d'entre elles réussissent à paralyser des sites pendant plusieurs heures, comme au Danemark en novembre 2025.

La force de ce réseau réside dans sa décentralisation : les attaques sont organisées depuis de nombreux appareils volontaires à travers le monde. En juillet 2025, une vaste opération policière internationale (menée par la Suisse, les États-Unis et l'Union européenne) a débouché sur la confiscation de plus de cent serveurs et sur l'arrestation de plusieurs suspects. Pourtant, les attaques ont repris de plus belle quelques jours plus tard.

Les cerveaux 

Europol a identifié deux figures centrales basées à Moscou : Maxim Lupin (36 ans), le directeur du TsISM (un centre officiel russe de surveillance des réseaux de la jeunesse), qui gravite dans les cercles du pouvoir et Mikhail Burlakov (39 ans). Ce dernier est présenté comme le développeur principal du projet.

Cette proximité avec le Kremlin prouve que NoName057(16) est loin d'être un collectif d'amateurs. Il s'agit d'une structure cyberoffensive hautement organisée et, qui plus est, parrainée par l'État.

Recrutement passif : le piège

Les experts en cybersécurité mettent en garde sur le profil des participants. Attirés par l'aspect ludique de l'application et l'appât du gain, de nombreux utilisateurs installent DDoSia sans même réaliser qu'ils se rendent techniquement et juridiquement complices de cybercriminalité. Dans l'Union européenne, cette participation, bien que passive, expose à de lourdes sanctions pénales.

Le défi actuel dépasse la simple défense technique. Il s'agit désormais de sensibiliser le public et de mettre en lumière ces méthodes de recrutement d'un tout nouveau genre, où la frontière entre joueur et cybercriminel s'estompe.

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