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L’effet "Dubai Chocolate" : entre guerre et buzz sur les réseaux, la pistache devient de plus en plus chère

  • 25 mai 2026 12:30

Du conflit dans le détroit d’Ormuz aux vidéos virales sur le Dubai Chocolate (chocolat de Dubaï), la pistache s’est retrouvée au cœur d’une tempête parfaite, et les prix s’envolent.

Essayez d’acheter un sachet de pistaches au supermarché dans les prochaines semaines et regardez bien le prix. Ce que vous voyez n’est pas une erreur d’étiquetage, mais la photographie d’une crise qui s’est construite couche après couche, et qui a atteint son point de rupture en mars 2026.

Selon les données d’Expana, le prix de gros de la pistache a atteint 4,57 dollars la livre (environ 8,68 euros le kilo), sa valeur la plus élevée depuis huit ans. Mais que se passe-t-il exactement ?

La question est complexe et implique la guerre en Iran, le changement climatique, mais aussi le "Dubai Chocolate", cette barre chocolatée devenue virale sur les réseaux sociaux.

Pourquoi la pistache devient-elle de plus en plus chère ?

L’Iran n’est pas seulement l’un des endroits au monde où la pistache pousse le mieux, c’est littéralement le pays qui donne le tempo au marché mondial. Avec environ un cinquième de la production mondiale et une part qui frôle les 30 % des exportations, Téhéran est le fournisseur dont dépend toute la filière. Aujourd’hui, cette filière est brisée.

Depuis la fin février 2026, l’escalade militaire impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël a rendu les routes maritimes du détroit d’Ormuz extrêmement instables et le trafic s’est fortement ralenti. Pour les négociants en pistaches, cela signifie une chose simple : il devient de plus en plus difficile de s’approvisionner, et le peu de marchandise qui circule affiche un prix qui reflète le risque.

Ce serait toutefois une erreur d’attribuer toute la responsabilité à la crise militaire. Le marché de la pistache était sous pression depuis déjà plusieurs mois. En 2025, la sécheresse a frappé simultanément trois des principaux bassins de production : l’Iran, la Turquie et la Californie. Les récoltes ont été inférieures aux prévisions et l’offre s’est réduite au moment même où la demande s’accélérait. Les prix avaient déjà grimpé d’environ un tiers sur l’année, bien avant l’explosion du conflit armé.

À cela se sont ajoutées les sanctions internationales et les turbulences internes iraniennes, qui compliquaient depuis longtemps déjà la logistique des exportations et avaient fait s’effondrer la valeur du rial, la monnaie nationale. Le conflit, en réalité, n’a pas créé la crise : il l’a amplifiée.

Il y a ensuite un troisième protagoniste dans cette histoire, le fameux "Dubai Chocolate". Ces dernières années, les barres fourrées à la crème de pistache et à la pâte de knafeh sont devenues un phénomène mondial, alimenté par les réseaux sociaux et reproduit à l’échelle industrielle par les grands groupes de confiserie du monde entier. Glaces à la pistache, pâtes à tartiner, boissons, pralines : la pistache a envahi les rayons et les menus, et l’industrie agroalimentaire a contribué à accentuer la pression sur la demande sur un marché déjà sous tension.

Devra-t-on renoncer à la pistache ?

Le marché mondial de la pistache pèse aujourd’hui environ 5,5 milliards de dollars et pourrait atteindre 7,2 milliards dans les cinq prochaines années, selon Mordor Intelligence. Si la situation logistique au Moyen-Orient ne se débloque pas, cette croissance pourrait se traduire non pas par une plus grande disponibilité des produits, mais par des prix toujours plus élevés pour des quantités toujours plus faibles.

Le risque bien réel, selon les analystes du secteur, est que la pistache cesse d’être un ingrédient du quotidien pour devenir un produit de luxe, avec des effets en cascade sur tout ce qui en contient : des glaces aux pâtes à tartiner, en passant par les pâtisseries et les produits de boulangerie.

Source : Financial Times

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