L’essor de l’intelligence artificielle en Europe s’accélère rapidement et ses coûts environnementaux ne peuvent plus, et ne doivent plus, être ignorés : le nouveau rapport de l’Agence européenne pour l’environnement, "Artificial intelligence and sustainable consumption in Europe", met en lumière la pression croissante qu’exercent les infrastructures d’IA sur les ressources du continent. La sonnette d’alarme est tirée.
Au cœur de cette problématique se trouvent les data centers (centres de données) : les projections indiquent en effet que, largement stimulée par l’IA, la demande d’électricité du secteur devrait presque doubler d’ici 2030. L’Europe représente déjà 15 % de la consommation mondiale d’électricité des data centers et la concentration de ces infrastructures autour des principaux centres urbains met les réseaux locaux à rude épreuve.
Mais, comme le souligne le rapport, l’impact va au-delà de la seule question énergétique :
- eau : les data centers dédiés à l’IA pourraient faire grimper la consommation annuelle d’eau pour le refroidissement et la production d’électricité jusqu’à environ 1 068 milliards de litres d’ici 2028, soit une multiplication par onze par rapport aux estimations de 2024 ;
- matières premières : les infrastructures d’IA dépendent d’un petit nombre de matières premières critiques, notamment le gallium, le germanium et le tantale, dont l’extraction entraîne des coûts environnementaux et sociaux considérables ;
- gouvernance : les réglementations actuelles de l’UE se concentrent principalement sur l’entraînement des systèmes d’IA, ne régulant que partiellement la consommation énergétique liée à l’inférence (phase d’utilisation quotidienne), qui représente désormais 80 à 90 % de la puissance de calcul de l’IA.
La nécessité de réviser les politiques publiques
Avec la transformation rapide de l’économie européenne sous l’effet de l’IA, notre continent a le devoir d’analyser comment des politiques ciblées peuvent à la fois garantir notre compétitivité économique et gérer les arbitrages liés au déploiement de ces technologies, à une époque où les pressions environnementales doivent impérativement diminuer.
Le dernier rapport de l’Agence insiste précisément sur ce point : les technologies d’IA, en pleine expansion et capables de remodeler les systèmes, ont le pouvoir de redéfinir le fonctionnement des économies, les modes de décision en matière de consommation et l’organisation des chaînes de valeur.
Sans une orientation politique claire, ces mutations risquent d’augmenter la demande en énergie et en matériaux, de conforter des modèles économiques à forte intensité de ressources, d’accentuer les dépendances stratégiques et d’exacerber les inégalités sociales, souligne l’EEA. Dès lors, il est peu probable que les seuls gains d’efficacité suffisent à réduire la pression environnementale globale.
Les données présentées dans le document montrent que la croissance rapide des data centers alimente à son tour une demande accrue en énergie, en eau et en matières premières critiques. Le rapport souligne que les data centers, les réseaux et les terminaux, pris dans leur ensemble, génèrent une empreinte environnementale croissante que les seules améliorations en matière d’efficacité énergétique auront du mal à compenser.
L’analyse intervient dans un contexte de compétition géopolitique accrue, d’incertitude économique et d’interdépendances stratégiques, indique l’Agence. Dans ce cadre, les technologies numériques et l’intelligence artificielle sont de plus en plus perçues comme des éléments centraux pour la compétitivité, la résilience et l’autonomie stratégique de l’Europe.
Relever le double défi de la transition verte et de la transition numérique combinées ne constitue donc pas seulement un enjeu environnemental, mais aussi un enjeu stratégique, qui exige des choix mûrement réfléchis sur la manière d’orienter et de réguler l’innovation.
Ces résultats sont particulièrement pertinents (ou du moins devraient l’être) pour la mise en œuvre des principaux cadres législatifs et politiques de l’UE, qui lient la transformation numérique à la durabilité et à la compétitivité.
Parmi ces résultats, certains devraient à l’évidence être intégrés au plus vite dans l’EU Artificial Intelligence Act (règlement européen sur l’IA), entré en vigueur en 2024, mais dont la majorité des dispositions ne s’appliqueront pleinement qu’à partir du 2 août 2026.
Ce règlement définit en effet les règles encadrant le développement et l’utilisation des systèmes d’IA dans l’ensemble de l’UE, ainsi que les grandes stratégies qui placent la numérisation au cœur de la compétitivité économique, tout en renforçant les objectifs de la transition écologique.
Un meilleur alignement entre les politiques numériques, les mesures relatives à la consommation et les objectifs environnementaux, souligne l’EEA, sera essentiel pour garantir que la transformation numérique de l’Europe soutienne la neutralité climatique, l’utilisation efficace des ressources et la résilience à long terme.
Sources : European Environmental Agency / European Environmental Agency/Facebook
