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L’IA s’invite dans l'épargne des Français, surtout chez les jeunes

  • 08 juin 2026 11:15

L'intelligence artificielle s'invite dans les décisions d'épargne des Français, mais son usage reste inégal selon l'âge, le diplôme et la propension au risque. Entre adoption rapide chez les jeunes et doutes sur les conseils générés, l'IA devient un outil d'accompagnement avant de devenir un véritable conseiller financier.

Une fracture générationnelle marquée

Selon le baromètre de l'épargne et de l'investissement publié en décembre 2025 par l'Autorité des marchés financiers (AMF), seulement 11% des Français utilisent l'IA comme source d'information avant d'investir, loin derrière le conseiller bancaire ou financier (42%). Mais cette moyenne masque une fracture générationnelle nette : 19% des moins de 35 ans recourent à l'IA contre seulement 4% des plus de 55 ans.

Cette tendance est confirmée par d'autres études récentes. Un sondage Nalo réalisé avec OpinionWay en avril 2026 révèle que plus de la moitié des moins de 35 ans (52%) utilisent l'IA pour comprendre des notions financières, et 38% pour comparer et obtenir des recommandations sur des produits financiers, contre respectivement 19% chez leurs aînés. Une étude de la France Mutualiste publiée en mars 2026 montre même que 44% des Français de moins de 35 ans font confiance à ChatGPT, Le Chat ou Anthropic pour s'informer sur leurs placements, soit presque deux fois plus que l'ensemble de la population.

L'usage varie aussi selon le profil social : parmi les personnes ayant un niveau d'études supérieur à bac + 2, 17% déclarent utiliser l'IA avant d'effectuer un placement, contre seulement 5% parmi les personnes sans diplôme ou titulaires du brevet.

Les investisseurs les plus audacieux en première ligne

Le recours à l'IA est particulièrement marqué chez les investisseurs les plus enclins au risque. L'AMF observe que 33% des investisseurs en cryptoactifs, 24% des investisseurs en crowdfunding et 19% des investisseurs en Bourse utilisent l'IA comme source d'information avant de placer leur argent. Au total, 29% des Français prêts à accepter une plus grande part de risque ont recours à l'intelligence artificielle pour s'informer en amont de leurs décisions.

Les jeunes confirment également leur fort attrait pour les investissements financiers : les deux tiers des moins de 35 ans (66%) s'y intéressent de près. Chez les 18-25 ans, un jeune sur trois sollicite l'IA pour prendre conseil.

Un usage majoritairement pédagogique et complémentaire

Pour l'instant, l'IA sert surtout à compléter d'autres sources d'information. Parmi les 11% des Français qui y ont recours, 41% l'utilisent en complément des informations fournies par l'établissement financier ou le conseiller, et 54% pour enrichir leurs recherches en ligne. Le recours exclusif à l'IA reste très minoritaire (5% des personnes qui recourent à l'IA).

Les réseaux sociaux jouent également un rôle croissant : 60% des Français les utilisent pour s'informer sur l'épargne ou l'investissement, et 40% le font au moins une fois par semaine. La presse traditionnelle reste la source de référence pour plus d'un Français sur deux (55%), mais elle est talonnée par YouTube (46%), Facebook (42%) et les sites spécialisés (42%).

Entre attentes et craintes

Les Français sont partagés sur les avantages d'un recours à l'IA par les professionnels pour proposer des placements : 54% y voient l'avantage de conseils plus adaptés à leur situation personnelle, et 52% espèrent une amélioration de la performance et une réduction des frais. Mais deux Français sur trois (67%) redoutent que cet usage puisse induire des erreurs ou conduire à prendre de mauvaises décisions, et 57% craignent que les placements soient moins transparents et plus difficiles à comprendre.

Un autre sondage révèle un écart de confiance selon le genre : 59% des hommes ont confiance en l'IA pour épargner et investir, contre seulement 35% des femmes. Les jeunes femmes sont plus pessimistes et prudentes que les hommes quant à leurs finances personnelles et l'utilisation de l'IA.

Un outil d'accompagnement avant tout

L'AMF souligne que "dans le domaine de l'épargne et de l'investissement, l'intelligence artificielle apparaît donc à ce stade comme un outil d'accompagnement plutôt que de prise de décision". Mais cette utilisation "va probablement s'accroître fortement au cours des prochaines années".

Dans la gestion professionnelle, l'écart entre le discours et l'adoption réelle reste considérable. Une étude du cabinet Morningstar publiée le 8 juin 2026 montre que "l'intégration significative de l'IA se concentre dans moins de 20 firmes, principalement celles dotées d'une infrastructure quantitative ou systématique de longue date". Pourtant, 94% des entreprises de services financiers expérimentent ou déploient l'IA générative dans leurs fonctions commerciales principales.

Certains gestionnaires comme Pictet utilisent déjà l'IA pour piloter entièrement un fonds, avec des résultats très satisfaisants. L'IA générative est sur le point de remodeler fondamentalement la recherche en investissement : "l'étendue de la couverture actions ou obligations s'élargit, l'analyse documentaire s'accélère, et des tâches autrefois mesurées en semaines se réalisent désormais en quelques minutes".

Des risques à ne pas négliger

L'AMF met en garde : les outils publics d'IA en ligne peuvent fournir de prétendus conseils très convaincants et en apparence professionnels qui ne sont pas adaptés au profil de chaque personne. Dans l'UE, depuis la directive MIFID 2 (une réglementation européenne conçue pour harmoniser les marchés financiers et renforcer la protection des investisseurs), les IA n'ont pas le droit de faire du conseil en investissement seules.

 

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