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Un complexe de luxe de la famille Trump dans une zone protégée d’Albanie : la contestation éclate

  • 09 juin 2026 07:33

Alors que l’Albanie mise de plus en plus sur le tourisme de luxe comme moteur économique, la contestation grandit contre l’un des projets les plus controversés de ces dernières années : le méga‑complexe hôtelier lié à Jared Kushner, homme d’affaires américain et gendre du président américain Donald Trump, prévu dans la zone protégée de Vjosa-Narta et sur l’île de Sazan.

Cette affaire, mêlant accusations de destruction environnementale, modifications législatives contestées, répression des manifestations et enquête ouverte par le parquet anticorruption albanais, prend une dimension internationale. Elle touche, en effet, l’une des zones naturelles les plus précieuses des Balkans et survient au moment même où l’Albanie poursuit son processus de rapprochement avec l’Union européenne.

Selon les organisations environnementales, des engins de chantier opèrent depuis la fin avril à l’intérieur de la zone protégée de Pishë Poro-Narta, qui fait partie du paysage protégé de Vjosa-Narta, l’un des espaces côtiers les plus importants d’Europe sur le plan écologique. Plus de 70 espèces menacées et plus de 200 espèces d’oiseaux, dont des flamants roses et le pélican frisé, y trouvent refuge. La région est par ailleurs située le long de l’"Adriatic Flyway", l’une des principales voies migratoires reliant l’Afrique à l’Europe.

De plus, les eaux environnantes abritent l’une des dernières populations de phoques moines de Méditerranée, l’un des mammifères marins les plus menacés au monde, ainsi que d’importants sites de nidification de la tortue caouanne (Caretta caretta).

D’après l’association environnementale albanaise PPNEA, partenaire local de BirdLife International, les événements en cours représentent "le pire épisode de destruction jamais enregistré dans une zone protégée albanaise". Les signalements font état de travaux réalisés sans autorisations complètes, sans évaluation d’impact environnemental définitive et avant même l’approbation finale du projet touristique.

Parmi les dommages déjà constatés figurent le déversement de gravier sur d’anciennes dunes de sable protégées par la législation albanaise, ainsi que l’obstruction de l’un des deux canaux naturels qui relient la lagune de Narta à la mer Adriatique. Concrètement, le blocage des échanges naturels d’eau risque de compromettre toute la chaîne alimentaire de l’écosystème lagunaire, avec de lourdes conséquences sur les poissons, les oiseaux et la biodiversité locale. Certains des dégâts causés pourraient nécessiter des centaines d’années avant d’être réparés.

L’enquête du parquet anticorruption

L’intervention de la Spak, le Parquet spécial anticorruption albanais, rend l’affaire encore plus délicate. L'organisme a, en effet, confirmé l’ouverture d’une enquête sur les modifications apportées en 2024 à la réglementation concernant les zones protégées et les droits de propriété foncière. Ce sont précisément ces réformes qui auraient ouvert la voie au développement touristique dans des zones qui, il y a peu de temps encore, bénéficiaient de protections bien plus strictes.

L’enquête vise à faire la lumière sur la légitimité des décisions qui ont permis l’avancement du projet immobilier.

Les manifestations et les barbelés sur la plage

La tension est montée d’un cran fin mai lorsque, dans la zone de Zvernec, de hautes clôtures surmontées de fil barbelé ont été installées, empêchant résidents et touristes d’accéder librement à la plage. Les images de ces barrières ont alimenté la colère de la population locale et des organisations environnementales, qui ont organisé des manifestations sur place ainsi que dans la capitale, Tirana.

Les écologistes dénoncent également des épisodes de répression à l’encontre des manifestants et demandent des garanties quant au droit de protester pacifiquement.

Pendant ce temps, le Premier ministre albanais Edi Rama a nié que le projet concerne une réserve naturelle protégée et a déclaré que la proposition définitive n’avait pas encore été formellement présentée. Il a en outre soutenu que l’étude d’impact environnemental n’était pas encore terminée et a rejeté les accusations de violations environnementales.

BirdLife Europe a demandé à la Commission européenne d’intervenir, en soulignant que la destruction d’habitats protégés, la répression de manifestations pacifiques et la diffusion d’informations contestées au Parlement sont incompatibles avec les critères exigés d’un pays candidat à l’adhésion.

Le cas de Vjosa-Narta représente aujourd’hui bien plus qu’une controverse locale : il est le symbole du bras de fer entre protection de la biodiversité et développement touristique intensif, un enjeu qui touche de plus en plus de territoires en Méditerranée.

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